« Le chef-d'oeuvre de la philosophie serait de développer les moyens dont la providence se sert pour parvenir aux fins qu'elle se propose sur l'homme, et de tracer; d'après celà, quelque plans de conduite qui puissent faire connaître a ce malheureux individu bipède, la manière dont il faut qu'il marche dans la carrière épineuse de la vie, afiin de prévenir les caprices bisards de cette fatalité à laquelle on donne 2o noms différents, sans être encore parvenu ni a la connaître, ni a la définir.
Si, pleins de respect pour nos conventions sociales, et ne s'écartant jamais des digues qu'elles nous imposent, il arrive malgré cela, que nous n'ayons rencontré que des ronces, quand les méchants ne cueullaient que des roses, des gens privés d'un fond de vertus assez constaté pour se mettre au-dessus de ces remarques, ne calculeront-ils pas alors qu'il vaut mieux s'abandonner au torrent que d'y resister ? Ne diront-ils pas que la Vertu, quelque belle qu'elle soit, devient pourtant le plus mauvais partii qu'on puisse prendre quand elle se trouve trop faible pour lutter contre le vice, et que dans un siècle entiérement corrompu, le plus sûr est de faire comme les autres. »
Marquis de Sade-
Justine.
« Travailler et créer « pour rien », sculpter dans l'argile, savoir que sa création n'a pas d'avenir, voir son oeuvre détruite en un jour en étant conscient, que profondément, cela n'a pas plus d'importance que de bâtir pour des siècles, c'est la sagesse difficile que la pensée absurde autorise. Mener de front ces deux tâches, nier d'un côté et exalter de l'autre, c'est la voie qui s'ouvre au créateur absurde. Il doit donner au vide ses couleurs.»
Albert Camu-
Le mythe de Sisyphe.
« Exister, c'est être là, simplement ; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. Or aucun être nécessaire ne peut expliquer l'existence : la contingence n'est pas un faux-semblant, une apparence qu'on peut dissiper ; c'est l'absolu, par conséquent la gratuité parfaite. Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le coeur et tout se met à flotter »
Jean paul Sartre-
La nausée.
« Ton amour! Mais c'est tout, c'est ton diamant, ton trésor de jeune fille, tu comprends ça, l'amour? Parce que, pour le mériter, cet amour, il y en a qui sont prêts à mettre leur âme en gage, à se faire tuer. Et ton amour, maintenant, combien est-ce qu'il vaut? Tu es tout achetée, oui, tout entière, et à quoi sert de vouloir demander de l'amour, quand, même sans amour, on peut tout obtenir? Mais il n'y a pas d'offense plus grave pour une jeune fille, tu comprends ça? Tiens, j'ai entendu dire qu'on vous laisse jouer, pauvres idiotes, on vous laisse avoir des bons amis. Ce n'est qu'un jeu, rien qu'un mensonge, un sarcasme sur vous, et vous, vous le gobez. Qui c'est, ton bon ami, est-ce qu'il t'aime, dans les faits? Je n'y crois pas. Comment peut-il t'aimer, s'il sait qu'il suffit que je te siffle pour que tu le quittes? C'est un dépravé, après ça! Est-ce qu'il t'estime, ne serait-ce qu'un petit peu? Qu'est-ce que tu as de commun avec lui? Il se moque de toi, et, en plus, il te vole – le voilà son amour »
Dostoïevski,
Les carnets du sous-sol